La rédaction web n’est pas un journalisme au rabais

rédaction web et journalisme

Rédaction web et journalisme, est-ce la même chose ? L’un vaut-il mieux que l’autre ? À ce sujet, j’aimerais faire une mise au point. Ou remettre les points sur i. Ou bien même faire une remise au point sur les i.

Je lis trop souvent des articles web de mauvaise qualité, mal écrits et/ou qui ne nous apprennent rien. Sans parler des fautes d’orthographe dont sont truffés ces textes… Ou des copier-coller que pratiquent sauvagement des rédacteurs web ou des webmasters peu scrupuleux.

Rédaction web et journalisme, quelles différences ?

Journaliste ou rédacteur web, même combat ? Pas vraiment. Oui, ces deux métiers se ressemblent, et certains professionnels les exercent en parallèle. Mais ils n’ont pas le même objet.

Il est admis que le journaliste est là pour informer (même si on pourrait disserter longuement sur les évolutions du métier.) En revanche, l’objectif du rédacteur web dépendra de sa mission et de son client… Mais il s’agit, le plus souvent, de vendre.

Lorsqu’il écrit des pages web, des fiches-produits ou des articles pour un blog d’entreprise, le rédacteur web est plus proche du concepteur-rédacteur (ou copywriter), des métiers du marketing et de la communication digitale. Ainsi, en façonnant un discours commercial, le rédacteur web s’éloigne du ton informatif et de l’objectivité (mais peut-on jamais être objectif ?) du journaliste. Ce qui ne le dispense pas de vérifier ses informations ni de citer ses sources : la déontologie s’applique aux deux métiers !

Des sites web aux contenus de mauvaise qualité

La majorité des textes que vous lisez sur Internet ont été écrits par un rédacteur ou un journaliste web. La plupart des sites Internet commandent leurs contenus à des rédacteurs, qui écrivent donc en leur nom. Fiches-produits de Décathlon, pages explicatives d’EDF : ces textes ont été rédigés dans l’ombre par une petite plume besogneuse.

Lire aussi : Pourquoi votre entreprise a besoin d'un site web bien rédigé

Mais s’ils sont rédigés par des professionnels, pourquoi ces contenus sont-ils si souvent de mauvaise qualité ?

Publier fréquemment, un impératif pour les sites web

Pour classer les résultats qui apparaissent lorsque vous posez une question à son moteur de recherche, Google utilise des algorithmes complexes. On sait que parmi les critères de référencement naturel (SEO) figurent la fréquence de mise à jour du site et la longueur des articles publiés.

En clair, pour être bien classés par Google, les sites ont intérêt à publier des textes longs (pages, articles…) très régulièrement. Cet algorithme a entraîné une vraie course aux contenus. Pour tenir le rythme (et le budget), beaucoup de sites ont externalisé leur production de textes… Parfois pour le meilleur, mais souvent pour le pire.

rédaction web usine à contenus
Des usines à contenu vous disiez ?

Car sur le marché de la rédaction web se côtoient toutes sortes d’acteurs : agences et freelances spécialisés, mais aussi usines à contenus. Et quand les budgets sont serrés, c’est souvent à cette 2e catégorie de rédacteurs qu’on fait appel.

Quand la course au référencement naturel dégrade les contenus textes

Contraints d’écrire en hâte une grande quantité de textes en un temps minimum, les rédacteurs web produisent un travail de moins bonne qualité. (Ce qui leur fait un autre point commun avec les journalistes, soit dit en passant.)

De mauvais rédacteurs (ou des rédacteurs dont les clients ne comprennent pas les subtilités du référencement) se mettent à matraquer des mots-clés dans leurs articles, dans le but de remonter dans les résultats de recherche. C’est oublier que Google prend en compte tout un tas de facteurs – la densité de mots-clés n’étant qu’un critère parmi d’autres. Et le temps que les lecteurs passent sur un site compte énormément. Or, sur des pages et articles inintéressants, ils repartiront aussi sec. Et Google n’aimera pas ça. C’est donc une mauvaise idée, à tous points de vue.

Écrivez pour des êtres humains avant tout (ce qui n’empêche pas d’optimiser vos articles pour le SEO). Non seulement la lecture sera plus agréable, mais en plus, cette stratégie de référencement fonctionnera mieux sur le long terme.

Journaliste, un métier bien mieux défini que rédacteur web

Si je vous dis que je suis journaliste, vous voyez ce que je fais de mes journées. Mais si je vous dis que je suis rédactrice web, pour beaucoup, c’est plus nébuleux. C’est normal, personne ne sait vraiment ce que c’est !

Bien qu’il soit régulièrement attaqué de toutes parts, le statut de journaliste existe : il est incarné par la carte de presse qu’obtient le professionnel. Le métier est défini, circonscrit. Les écoles dont on peut sortir diplômé sont identifiées.

Le rédacteur web, lui, vient de tous horizons, et si la profession de journaliste est diverse, celle de rédacteur web l’est plus encore. En effet, quel point commun entre écrire des fiches-produits pour une enseigne de chaussures et rédiger un dossier explicatif sur des questions juridiques pour un site grand public ? Impossible de donner une définition unique de la rédaction web.

Lire aussi : Le métier de rédacteur web expliqué à ma grand-mère

Pire, parfois, journalisme et rédaction web se télescopent pour devenir du journalisme web. C’est à n’y rien comprendre.

Rédacteur web, un métier trop peu considéré

Même si personne ne le dit franchement, beaucoup considèrent la rédaction web comme une sorte de sous-journalisme. D’un côté, un métier noble, reconnu, et de l’autre, une sorte de « petite main de la rédaction ». Car écrire, c’est pour beaucoup le sale boulot qu’ils sont trop heureux de déléguer. Ça tombe bien, certains aiment ça !

écrire, un métir
En même temps, je ne suis pas maso…

D’autres considèrent que l’écriture ne sert à rien. Ou que tout le monde peut le faire.

Dans les deux cas, l’image de la rédaction n’est pas très glorieuse.

Pourquoi, alors que la demande de contenus est si forte ? Avec une telle envie de produire et publier des textes, les entreprises devraient au contraire s’arracher les profils de rédacteurs…

Parce que n’importe qui peut se déclarer rédacteur web

Un formulaire P0 envoyé à votre CFE et pof, vous êtes rédacteur web en micro-entreprise. Et même journaliste, puisque de plus en plus de rédactions paient les pigistes à la facture (ce qui, soi dit en passant, est illégal).

Pour écrire sur le web, vous n’avez pas besoin de diplôme ni de formation spécifique. Dès l’obtention de votre numéro SIRET, vous pouvez vous inscrire sur une plateforme quelconque (TextMaster, Redacteur.com, Textbroker, Scribeur, GreatContent, etc., etc.), qui vous mettra en relation avec de potentiels clients.

Ceux-ci paient 30€ l’article de 1 000 mots, c’est vraiment la folie vous dites vous en cliquant sur accepter. Et c’est parti, vous êtes prêt à inonder le web avec des articles écrits à l’arrache. Car d’une part, 30€ pour 1 000 mots ce n’est pas très rentable, et d’autre part, le secteur de la vente de pneus ne vous passionne pas plus que ça.

Parce que c’est pour beaucoup un métier annexe ou transitoire

Conséquence du point précédent : actifs, étudiants ou chômeurs sont nombreux à jouer au rédacteur web pour mettre un peu de beurre dans les épinards. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai commencé en 2011 : par un job étudiant !

rédaction web job étudiant
Et je faisais sûrement un peu cette tête-là.

Ce n’est pas un problème en soi : un métier peut très bien être un job annexe. Mais toujours est-il qu’un métier, ça s’apprend. Les serveurs débutants commencent par faire tomber tous les verres, avant de pouvoir transporter d’une seule main de lourds plateaux. Pourquoi écrire pour le web ferait exception à la règle ?

Parce que c’est souvent mal payé

Quand on paie le feuillet 5€, il ne faut pas s’attendre à recevoir un article bien écrit (et encore moins documenté). Car pour s’acheter des pâtes et un peu de bolo à Lidl, il faut en écrire, des feuillets à 5€.

Pour avoir du contenu fiable et intéressant, il faut y consacrer un budget, et préférer la qualité à la quantité. Écrire pour écrire n’a aucun intérêt…

Lire aussi : Combien ça coûte, un (bon) rédacteur web freelance ?

Le web déborde déjà de textes de merde : pourquoi en rajouter ? (Un jour, j’écrirai sur une écologie des contenus, cette idée qu’il est préférable d’écrire moins, mais mieux…)

Parce que la rédaction web a pris de mauvaises habitudes

Sur le web, on a tendance à croire que tout est permis. Comme piquer des photos ou des textes, sans demander l’autorisation à leur auteur. Ou reprendre une information sans citer ni même vérifier ses sources. Pourtant, les règles de la propriété intellectuelle s’y appliquent comme partout ailleurs. Et le format « publication web » n’exclue pas le sérieux ni la rigueur.

Je le dis, et je le répète : la rédaction web n’est pas un journalisme au rabais. Pour gagner ses lettres de noblesse, elle doit s’appliquer le même sérieux et la même rigueur que les médias traditionnels.

Vous l’aurez compris, les frontières entre la rédaction web et le journalisme sont floues. Si la plupart de ses clients sont des médias, le rédacteur est plutôt journaliste web. Ce qui implique d’ajouter aux règles de déontologie du journalisme les contraintes de l’écriture web.

S’il écrit principalement pour des entreprises, il se rapproche plus du concepteur-rédacteur ou copywriter. Là, ce sont des compétences en référencement naturel, webmarketing et communication digitale qu’il faut développer… Bref, dans tous les cas, c’est un métier aussi technique qu’un autre, qui nécessite un vrai savoir-faire.

Rédacteurs web, soyez fiers de votre métier !

Pour commencer, prenez votre métier au sérieux. Rédacteur web, ce n’est pas un truc que tout le monde peut faire. Ça implique de très bien écrire et de maîtriser les contraintes et opportunités du web. Mais aussi de se plonger dans le sujet traité et de développer tout une palette de compétences complémentaires.

Ensuite, soyez exigeant ! Mettez-vous dans la peau d’un lecteur attentif. Soyez rigoureux dans la vérification de vos informations et dans la citation de vos sources. Nota bene (mais alors bene) : ce n’est pas parce que vous lisez quelque chose sur un ou plusieurs sites web que l’information est fiable. Plutôt que de pomper chez les autres, décrochez votre téléphone, allez rencontrer des gens, bref, produisez des contenus uniques, qui apportent vraiment quelque chose à leurs lecteurs !

Enfin, formez-vous en permanence. Je ne parle pas forcément de diplôme, même si la France ne jure que par eux. Peu importe que vous suiviez un Master ou que vous vous abreuviez de lectures et de MOOC : dans tous les cas, apprenez et ré-apprenez ce métier chaque jour.

Signé : une militante du clavier.

2 réactions sur “ La rédaction web n’est pas un journalisme au rabais ”

  1. Jung Réponse

    En effet, nous ne sommes pas des journalistes au rabais !
    Et quand on voit ce qui se fait aujourd’hui en télé, radio et presse écrite, on peut facilement se dire que le net regorge de talents. A condition de savoir les déceler.

  2. Isabelle Camus Réponse

    Bravo ! Signé une Serial Blogueuse qui kiffe à fond ce que tu fais ! Ton site est une vraie mine d’informations pertinentes et j’adore ton style !

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