Rédactrice web, mon métier de personne multipotentielle qui aime écrire

Temps de lecture : 4 minutes

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Si la question « que veux-tu faire plus tard ? » vous a toujours donné des frissons, ou si au contraire elle suscitait chez vous un excès d’enthousiasme (alors fleuriste, et puis comédienne, avocate, journaliste, girafologue, juge pour enfants…), vous faites sûrement partie des personnes multipotentielles. Est-ce que c’est grave ? Du tout. Bienvenue dans la famille !

Au secours : je ne m’épanouis pas au travail

Parce que nous consacrons au moins 7 heures par jour à notre travail – et souvent bien plus – il est normal de chercher une activité professionnelle qui nous plaît vraiment.

Peut-être que vous aussi, vous souffrez du syndrome (répandu) des gens qui n’ont pas de vocation. Plein de choses vous intéressent, mais jamais suffisamment ou suffisamment longtemps pour y consacrer toute votre vie professionnelle. Et nous sommes d’accord, un atelier de poterie hebdomadaire est une réponse faiblarde à un bore-out imminent.

Bref, vous n’avez pas de vocation. Et devinez quoi ? Ce n’est pas grave. Ça signifie juste que vous êtes une personne mulitpotentialiste. Un être curieux, enthousiaste et intelligent, mais qui professionnellement parlant a du mal à rentrer dans le moule.

Le multipotentialiste : pas UNE mais DES vocations

 

Comme l’explique Emilie Wapnick dans ce Ted Talk, votre problème n’est pas de n’avoir aucun centre d’intérêt. C’est d’en avoir beaucoup. De vous intéresser à « trop » de choses, et d’être angoissé par l’injonction à n’en choisir qu’une. Parce que choisir, c’est renoncer… Alors que vous avez tellement d’idées.

Du coup, vous avez peut-être choisi de ne pas choisir, en suivant aussi longtemps que possible un cursus généraliste. Ou bien vous vous êtes spécialisés, mais vous l’avez regretté, car très vite, l’ennui survient. Vous avez besoin de stimulation, de challenge et de changements permanents. Or, la vie professionnelle qu’on vous propose ne répond pas à ces aspirations.

À Sciences Po où j’ai passé 5 ans, 90% des étudiants sont là pour repousser l’heure du choix. Tout au long de nos études, on nous a répété que nous étions des généralistes, et que c’était là notre principal atout. J’ai longtemps pensé que c’était du pipeau.

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Du pipeau, oui. D’où la blague fréquente de Sciences Pipeau (haha, hihi, hoho.)

En fait, je me trompais. Car pendant que je jonglais entre un devoir sur le système des castes en Inde et un exposé sur la naissance du préjudice écologique, mon esprit de synthèse progressait, mon adaptabilité augmentait, ma curiosité s’exacerbait. Et ces qualités sont ce que j’ai de plus utile aujourd’hui dans mes métiers de rédactrice web, journaliste, blogueuse, auteure et correctrice. (Je vous parlerai une autre fois de la notion de slasher, qui s’accorde bien avec la multipotentialité.) Oui, je suis personne multipotentielle, et surtout une professionnelle heureuse !

Pourquoi les personnes multipotentielles sont-elles déconsidérées ?

Notre société a tendance à valoriser les spécialistes au détriment des généralistes. C’est oublier qu’elle a besoin de ces deux profils :

  • les premiers pour développer des savoirs pointus dans tous les domaines ;
  • les seconds pour construire des ponts entre ceux-ci et créer de nouveaux savoirs à leur intersection.

L’idée n’est pas de dénigrer/encenser l’un ou l’autre, mais de comprendre que nous ne sommes pas tous faits pareil, et que c’est ce qui fait notre richesse. Car sans multipotentialistes, pas de transdisciplinarité. Personne pour faire le lien entre des spécialistes qui ne parlent pas le même langage, pour synthétiser, dégager des enjeux plus larges.

Être un lubrifiant (oui) et un ensemblier, c’est la grande valeur ajoutée des personnes multipotentielles, qui amènent dans chaque nouveau domaine qu’ils explorent les connaissances qu’ils ont acquises dans les précédents.

Quel rapport entre multipotentialité et écriture ?

Bien que chaotique en apparence, le parcours des multipotentialistes relève toujours d’une certaine logique. Il leur faut en effet trouver leur fil rouge : ce qu’ils aiment le plus, ce qui les motive, ce qui donne un sens à leur itinéraire. Comme l’explique Laure Brignone d’Une Étincelle, ce fil rouge peut prendre de multiples formes : un verbe (inventer, transmettre…), une compétence (écrire, dessiner…)

Si comme moi, votre fil rouge est d’écrire, alors le métier de rédacteur web, de journaliste, de relecteur-correcteur, de communicant, de blogueur, d’écrivain public… (que sais-je !) a de grandes chances de vous correspondre.

L’exercice de ces professions est une formidable manière de m’épanouir et de tirer partir d’un profil :

  • D’éternel débutante : pour les multipotentialistes, rien de plus enthousiasmant que d’être au bas de la montagne et de commencer à la gravir. Comme le soulignait Emilie Wapnick, on ne part pas vraiment de zéro (et de moins en moins). Car plus on apprend, et plus on apprend vite.
  • De passionnée : quand on démarre un sujet, on y va à fond. Or, pour bien traiter un thème, surtout nouveau, il faut plonger dedans.
  • D’ensemblière (oui, ce mot existe, c’est décidé) : faire des connexions entre les sujets, créer des passerelles, voir des disciplines dialoguer entre elles, les multipotentialistes adorent ça.
  • De curieuse : nouveaux clients, nouveaux contextes, nouveaux angles d’approches voire nouveaux thèmes… Même spécialisé sur un thème (comme moi sur le développement durable et l’ESS), le rédacteur web voit ses missions se renouveler sans cesse. Et la nouveauté, c’est un truc qu’on aime bien chez les multipotentialistes 😉

J’ai d’ailleurs visionné la vidéo d’Emilie Wapnick peu de temps avant de me lancer comme « plume » à mon compte. Savoir que d’autres personnes que soi sont confrontées aux mêmes questions et difficultés, c’est toujours un grand soulagement, n’est-ce pas ? Tout d’un coup, je comprenais pourquoi je m’ennuyais vite dans un travail super en soi, mais qui ne me correspondait pas. Et pourquoi cela suscitait l’incompréhension de la plupart de mes proches.

Heureusement, quand les voix possibles ne nous conviennent pas… Il suffit d’en inventer une nouvelle.

Les personnes multipotentielles, de plus en plus reconnues

On parle de plus en plus des multipotentialistes, notamment sur LinkedIn où le coach Matthieu Lassagne publie régulièrement des articles passionnants et très instructifs sur le sujet.

Nous vivons une époque de profonds bouleversements, où le travail se réinvente quotidiennement :

  • Les statuts juridiques s’hybrident et se renouvellent en réponse (lente) aux évolutions du travail : auto-entrepreneurs, coopératives d’emploi, portage salarial… Pour démarrer ou concilier des activités, les possibilités administratives sont de plus en plus nombreuses ;
  • Les « métiers » se réinventent et parfois coexistent, comme chez les slashers, ces professionnels multi-activités ;
  • Les lieux de travail ne cessent de se diversifier : télétravail, coworking… ;
  • Les startups pullulent comme des champignons après l’averse ;
  • Le numérique accélère le tout et créé de nouvelles opportunités (pas toujours pour le meilleur, mais c’est un autre sujet).

Profitons de toutes ces transformations pour faire co-exister carrières « classiques » et parcours plus diversifiés : la société a besoin de chacun d’eux ! Car changer régulièrement de domaine ou de poste n’est pas l’expression d’une personnalité instable… Mais d’une curiosité très stable.

À toutes les personnes multipotentielles (y compris celles qui viennent d’avoir une révélation en lisant cet article) : quel est votre fil rouge, et quel métier avez-vous trouvé ou inventé pour vous épanouir ? J’attends vos témoignages 🙂

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One Comment

  1. « Car changer régulièrement de domaine ou de poste n’est pas l’expression d’une personnalité instable… Mais d’une curiosité très stable ! » J’adore 🙂

    Merci Anaelle pour cet article et le lien vers le mien ! Les généralistes et spécialistes sont totalement complémentaires en effet, bien que tous les multipotentialistes ne soient pas généralistes partout. Certains ont une ou plusieurs spécialités en plus de plusieurs sujets plus généralistes 😉 (je me permets de te mettre le lien vers ma vidéo sur ce sujet justement : https://youtu.be/DAQKeo_po8E)

    J’ai trouvé très intéressant également ta phrase : « Pendant 5 ans, on nous a seriné que nous étions des généralistes, et que c’était là notre principal atout. » Car effectivement le généraliste se considère souvent mal dans notre société et cherche à être spécialiste, alors que tu nous montres justement que dans de grandes écoles on met ce côté en avant ! D’ailleurs beaucoup de postes de haut niveaux dans les entreprises sont des postes de généralistes…

    N’hésite pas à me partager tes prochains articles sur le sujet je ferai suivre !
    Une belle journée à toi et à bientôt.

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